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PORTRAITS - RENCONTRES (CULTURE)

Jean-Claude Mourlevat, Nobel de littérature enfantine

Litterature jeunesse

L’auteur de contes est le premier français à décrocher le prix Astrid Lindgren Memorial Awards 2021. Il écrit depuis la fin des années 1990, auteur de "L'enfant océan" et de "Jefferson" Jean-Claude Mourlevat est le premier Français à remporter le prix Astrid Lindgren.

Cette célèbre récompense que d’aucuns surnomment le «Nobel de littérature enfantine» couronne son œuvre entamée à la fin des années 1990. Le jury suédois a tenu à célébrer la plume de l’auteur qui «revisite brillamment la tradition du conte de fées en s’ouvrant à la fois à la beauté et à l’adversité. L’espace et le temps sont suspendus dans ses mondes fictifs, et sa prose, précise et onirique, capte les thèmes éternels de l’amour et du désir, de la vulnérabilité et de la guerre ».
Nous l'avions rentré en octobre, une interview à lire et relire !

Entretien avec Jean-Claude Mourlevat, à qui l’on doit La Rivière à l’envers, roman d’aventures qui fait aujourd’hui partie des classiques de la littérature jeunesse. Pour plusieurs de ses romans, Jean-Claude Mourlevat a emprunté la forme narrative du conte. Qui dit conte, dit valeurs...


Qu’évoque pour vous le mot valeur ?
Je raconte des histoires, je ne sais faire que ça. Comme c’est moi qui écrit, mes valeurs sont dedans. J’ai écrit 17 romans et jamais je ne me suis posé la question... Avec une petite exception Jefferson, mon dernier roman jeunesse. Je déteste les romans sur le racisme, l’environnement… On voit venir, c’est gros comme une maison. Je crois beaucoup plus à l’exemple donné par le comportement des personnages qu’au texte et au choix des mots qui n’atteindront pas les destinataires, les enfants en l’occurrence. J’aime me sentir proche des personnages, avec mon meilleur et mon pire.

Et qu’en est-il du mot engagement ?
L’engagement politique ou sociétal avec l’absence de doute peut être dangereux. Ceux qui défendent des valeurs fortes avec engagement me font peur. Je prône le doute.  

Donc vous n’êtes pas un auteur engagé ?

Pour Jefferson je n’avais aucunement l’intention de parler de l’abattage des animaux, de l’élevage industriel. C’est au milieu de ce roman policier animalier que j’ai pensé à cela. J’ai hésité, j’en ai parlé avec mon éditeur. Je ne voulais pas passer pour un donneur de leçons ; je suis moi-même végétarien depuis 6 ans, déjà. Avec ce roman là, on peut dire que je suis engagé ; c’est moins perceptible dans les autres. Ce roman a provoqué beaucoup de réactions de la part des adultes.  

Comment vous vient l’idée d’un nouveau roman ?
Le plus difficile pour moi c’est de commencer. Les cinq premières pages sont douloureuses, angoissantes. Puis il y a un cheminement sous-terrain qui arrive à la surface. Les personnages existent au fil de l’histoire, c’est l’histoire qui les porte.  


Comment expliquez-vous le succès de La Rivière à l’envers ?
Je l’ai écrit dans des trains quand je me déplaçais beaucoup. Il m’a été offert, comme un cadeau, ça ne m’est plus jamais arrivé. Il est accessible, inspiré, sans prétention. Il reprend ce qui me constitue dans une forme simple. Après ça quand on essaye de faire mieux on se trouve dans quelque chose de moins naturelle. Il a été vendu à 1 million d’exemplaires. Et depuis 20 ans il me vaut toujours beaucoup de courriers de lecteurs.  


De tous vos romans, lesquels avez-vous envie de mettre en avant ?
Ceux qui ont du succès n’ont pas besoin de moi, ils galopent. Je peux éviter d’en parler. Pour la jeunesse il y a La Ballade de Cornebique qui met aussi en scène des animaux. Je l’adore, il est drôle et plein d’humanité.  

Qu’est-ce qui vous a amené à écrire pour la jeunesse ? `J’ai fait beaucoup de théâtre jeune public. On m’a commandé des contes pour la scène qui sont devenus des albums. Mes premiers romans sont Le Jeune loup qui n’avait pas de nom suivi de Histoire de l’enfant et de l’œuf. Le 3e L’Enfant Océan a connu un certain succès. 

Quels romans recommanderiez-vous aux jeunes lecteurs ?
Roald Dahl, j’ai lu à voix haute tous ses romans à mes enfants. Je recommande Matilda et Sacrées sorcières. Il y a aussi Jim Bouton de Michael Ende que j’ai traduit de l’allemand ; je l’ai souvent offert. C’est poétique, drôle et charmant. C’est en deux parties et ça s’adresse aux 8-9 ans.  

Parlez-nous de vos projets d’écriture ?
Mon dernier ouvrage Oh Happy day, destiné aux adultes, est paru en mars. C’est le 2e volet d’un roman épistolaire écrit à quatre mains avec Anne-laure Bondoux.
Fabienne Hyvert

© Un certain Monsieur Tokbar @Romain Etienne-item

La marionnette, une histoire lyonnaise entre tradition et modernité

Marionnettes

Nom d’un rat, pas de chichi entre gones, de Guignol à notre magazine de sorties en famille, disons-le les gones sont à la fête ! Le nom Bulles de gones choisi il y a 21 ans, en clin d’œil aux p’tits lyonnais, s’est imposé et constitue aujourd’hui notre ADN. Certains jours l’esprit malicieux de Guignol plane sur la rédaction…  


Mais qui est Guignol ?

Guignol a été créé vers 1808 par Laurent Mourguet, ouvrier en soie. Les temps sont durs, il survit en étant marchand-forain. Il attire la clientèle avec des marionnettes comme Polichinelle. Devenu arracheur de dents, selon la légende Laurent Mourguet se servait de ses marionnettes pour détendre ses patients ou les faire patienter !
Dans ses spectacles dédiés aux adultes, Guignol utilise le parler lyonnais pour dénoncer l'injustice sociale en prenant le parti des petites gens. Il devient une figure contestataire lors des révoltes des canuts. La censure du Second Empire va marquer son déclin et un glissement vers des pièces plus légères destinées aux gones.
Guignol tient une place privilégiée dans le cœur des lyonnais. Une ville qui porte plus de 200 ans d'histoire de la marionnette se devait d’organiser une Biennale internationale de la marionnette. La Cie des Zonzons a ramené du monde entier dans sa Moisson d'avril des spectacles de marionnettes d'une belle diversité. 11 éditions et puis s’en va en 2016, faute de subventions publiques suffisantes…
En 2020, Guignol est toujours la tête d’affiche de théâtres lyonnais, fidèles partenaires de Bulles de gones. Avec passion, ils perpétuent la tradition avec des pièces du répertoire ou des créations contemporaines.

Guignol, un gone de Lyon, à la Croix Rousse (Cie Daniel Streble). 04 72 32 11 55 - guignol-un-gone-de-lyon.com
Théâtre La Maison de Guignol, à Saint-Georges. 04 72 40 26 61 -
lamaisondeguignol.fr 
Théâtre le Guignol de Lyon (Compagnie M.A), à Saint-Jean. 78 29 83 36 - guignol-lyon.net
Musée des arts de la marionnette et son petit théâtre, Lyon 5e. 04 78 42 03 61 - gadagne.musees.lyon.fr ·     
Musée Théâtre Guignol, à Brindas. 04 78 57 57 40 - ccvl.fr 



Ils ont réinventé l’art de la marionnette

En 1985 Michel Laubu a créé à Lyon le Turak Théâtre.
La marionnette s’est imposée à lui. Archéologue de l’ordinaire, il invente avec de vieux objets des personnages qu’il met en mouvement et donnent vie à des marionnettes. Il défend un théâtre populaire accessible à tous notamment les enfants. Pour lui le jeune public est aussi le spectateur adulte qui vit une première expérience théâtrale. Son théâtre fantasque et poétique en terre de Turakie, un monde intérieur où les objets sont rois, demande au public de faire l’effort d’imaginer. En hommage à sa mère, il a interprète Incertain Monsieur Tokbar (au TNP du 10 au 19 déc. dès 8 ans), qui a la mémoire qui flanche, avec des marionnettes à taille humaine pétries de tendresse et de drôleries. Le théâtre est là pour soigner l’âme pense-t-il. Sa compagnie joue dans les grands théâtres mais Michel Laubu garde sans nul doute un regard d’enfant.


Créée en 1998, la Cie Arnica basée à Bourg-en-Bresse est dirigée par la metteuse en scène Emilie Flacher.
Le spectacle du Cid avec les marionnettes en glace d’Emilie Valentin a été une révélation. Elle s’oriente autour du théâtre de marionnettes pour adulte et des écritures contemporaines, et fabrique elle-même ses marionnettes avec des matériaux nobles. Devenue maman, elle s’intéresse aux enfants en créant des spectacles intergénérationnels dont on reparle à la maison, comme Clairière et Buffles. Son théâtre exigeant pose des questions sur qu’on vit. Fables animalières, sa dernière création (le 29 mai au TNG-Vaise, dès 7 ans) s’interroge sur ce que peuvent nous raconter les animaux sur la vie des êtres vivants. On peut tout faire avec des marionnettes, l’art de la marionnette n’a pas fini de se renouveler et de nous étonner nous dit-elle. 
Hélène Chauveau  

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